Dora Magalhaes
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user research · data · public

Une roadmap user-centric pour les données sur l’eau

L'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse finance et coordonne la gestion de l'eau. Elle publie les données de qualité et de suivi des cours d'eau destinées aux acteurs du territoire via son Système d'Information sur l'Eau (SIE).

TL;DR

Lire le résumé

À la veille d'un changement de prestataire pour la maintenance du SIE, l'Agence s'apprêtait à écrire un cahier des charges sur la base d'intuitions internes. La demande initiale portait sur du maquettage. J'ai proposé d'inverser la logique : diagnostiquer d'abord les blocages pour sécuriser les arbitrages du futur marché et donc l’investissement public à engager.

Le site sert 4 profils principaux :

  • Bureaux d'études, qui évaluent l'état chimique et écologique des masses d'eau
  • Collectivités, qui pilotent des politiques locales de gestion de l'eau
  • Particuliers et riverains, en recherche d'information de proximité
  • Contributeurs internes, qui alimentent le SIE au quotidien

durée

4 mois (nov. 2020 → fév. 2021)

équipe

6 chefs de projet thématique · 5 ingénieurs qualité de l'eau · 1 webmaster

Mon rôle en tant qu'UX Researcher

J'ai piloté l'ensemble de la démarche de recherche, du diagnostic initial jusqu'au backlog livré à la TMA.

Mes responsabilités incluaient :

  • Concevoir et mener les phases de discovery (entretiens, analyse comportementale, sondage, tri par carte et tests utilisateur)
  • Auditer l'existant (usages et conformité Open Data)
  • Animer un atelier de priorisation avec les contributeurs du back-office

Résultats

53 %

Des demandes de support portaient sur des données déjà disponibles en ligne.

Architecture validée

Une arborescence en 5 entrées, testée et corrigée avant tout développement.

118

Recommandations priorisées (usages + conformité Open Data), livrées comme backlog prêt à l'emploi pour la TMA.

0 €

Gaspillé en refonte graphique cosmétique.

Le Système d'Information sur l'Eau (SIE) de l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse publie une grande quantité de données : qualité des cours d'eau, mesures de stations, bulletins hydrologiques. Son public est spécialisé — collectivités, bureaux d'études, professionnels de l'eau — et leurs besoins précis.

Ma mission s'inscrivait dans un moment charnière : une étude préalable à la consultation publique pour le changement de prestataire de tierce maintenance applicative (TMA). La demande initiale qui m'était adressée était concrète : maquetter directement des solutions pour le site.

J'ai proposé d'orienter ma mission sur le diagnostic plutôt que sur le maquettage. Avant de proposer des solutions, il fallait comprendre le problème réel.

L'analyse de 34 mails récents au support a donné la première réponse : 53 % des demandes portaient sur l'acquisition de données déjà disponibles sur le site. Les utilisateurs arrivaient sur le SIE, mais n'accédaient pas aux informations qu'ils cherchaient.

Le frein majeur n'était pas l'esthétique, c'était l'architecture de l'information. Les efforts ont été recentrés sur quatre mois de recherche utilisateur pour comprendre ce qui rendait ces données si difficiles d'accès et alimenter le cahier des charges de la future TMA avec des priorités fondées.

cadrer avant de maquetter

Le mauvais problème

Le domaine était complexe et multi-acteurs — hydrologie, réglementation, données publiques. J'ai mené deux démarches en parallèle pour cadrer le problème.

guide d'entretien

D'un côté, 14 entretiens semi-directifs : 12 membres de l'équipe projet pour faire remonter et expliciter les intuitions internes, 2 utilisateurs finaux pour les confronter au terrain. De l'autre, des user stories élaborées de l'analyse de 34 mails récents au support (une trace concrète de ce que les utilisateurs cherchaient réellement).

En tant qu'ingénieure en bureau d'études, j'évalue la pression des pesticides sur les masses d'eau et j'ai besoin d'accéder aux données d'état chimique, pour rendre mon avis technique.
En tant que riverain, j'ai besoin des données de surveillance nitrate des stations proches de chez moi, pour comprendre l'état du cours d'eau à côté de mon habitation.
34
contacts au support analysés
53 %
portaient sur des demandes de données déjà en ligne
1
frein majeur identifié : la découvrabilité

Les deux méthodes convergeaient vers le même constat : le frein était dans l'accès à l'information. Il a acté le recentrage de la mission de la maquette vers la recherche utilisateur et l'architecture de l'information, et validé un séquençage de 4 mois avec le COPIL.

planning de la mission — 4 mois, tâches et livrables
objectif

Permettre aux acteurs de l'eau — collectivités, bureaux d'études, professionnels — de trouver et exploiter facilement les données dont ils ont besoin, en fondant les priorités de la future TMA sur des preuves.

trouver la friction à l'échelle du site

Ils cherchent, ils repartent

Le cadrage avait posé une hypothèse : l'accès à l'information était le vrai frein. Restait à l'objectiver sur le terrain, à l'échelle réelle du site. J'ai mis en place une analyse comportementale par heatmaps, enregistrements de sessions et sondage de sortie (Hotjar), pour observer la navigation réelle sans mobiliser de recrutement ni de temps utilisateur : zones de clic, trajectoires de souris et perception déclarée à la sortie du site, trois angles croisés sur un volume de visites significatif. Les résultats confirmaient et précisaient l'hypothèse. 50 % des visiteurs de la page d'accueil quittent sans interagir et la rubrique la plus cliquée du menu est « Rechercher » (11,28 % des clics), signe d'une architecture de l'information qui ne correspond pas aux intentions des utilisateurs.  Sur la page de recherche avancée, 1 898 clics pour 965 vues, concentrés sur les filtres fins (station, commune, cours d'eau) : les filtres larges, eux, sont ignorés. 

heatmap hotjar — concentration des clics sur les filtres de recherche
mesurer les besoins avant les tests

Combien, et pourquoi

Restait à mesurer combien d'utilisateurs étaient concernés par ces frictions, et à préciser leurs besoins réels, avant d'entrer dans les tests qualitatifs. J'ai conçu un questionnaire exploratoire auto-administré par mailing, pour quantifier les usages, besoins et frictions, ainsi que recruter dans le même temps les participants de la phase de tests suivante. Le public visé — 80 % administration publique et professionnels de l'eau — est dispersé géographiquement et difficile à observer en contexte. Le questionnaire l'atteignait sans contrainte de disponibilité.

questionnaire exploratoire diffusé par mailing aux utilisateurs du site de bassin

35 réponses ont confirmé et chiffré les frictions déjà pressenties : 42,9 % jugent le site difficile à utiliser, et « trouver/retrouver des informations » ressort comme le problème le plus cité, loin devant les autres. Deux besoins prioritaires se sont dégagés : 88,6 % ont besoin de télécharger des données et 74,3 % préféreraient une entrée géographique pour y accéder.

35
réponses au questionnaire
42,9 %
jugent le site difficile à utiliser
88,6 %
ont besoin de télécharger des données
74,3 %
préféreraient une entrée géographique
reconstruire depuis leurs regroupements spontanés

L'architecture vue par les utilisateurs

L'architecture existante suivait la logique thématique de l'équipe projet. La question était simple : correspond-elle à celle des utilisateurs ? J'ai mis en place un tri par cartes ouvert en ligne, en format non modéré et sur un protocole court (10-15 min). Adapté à un public professionnel dispersé géographiquement, il a permis d'identifier les regroupements spontanés des utilisateurs.

tri par cartes réalisé avec optimalsort

Trois catégories ont émergé à 100 % d'agrément : Plan/Gestion, Préservation/Sauvegarde, Données sur les cours d'eau, des regroupements stables, absents de la navigation d'origine.  À l'inverse, certains intitulés ont produit des regroupements diffus, signe direct d'un libellé mal compris. Une arborescence en 5 entrées principales en est ressortie, directement exploitable pour le prototypage de la navigation.

usages et standards, sans recrutement

Deux audits, un état des lieux

Cette étape intervenait tôt dans le projet, avant que l'accès aux utilisateurs ne soit possible. Il fallait commencer à identifier et documenter les difficultés d'usage jamais formalisées. J'ai mené un audit heuristique par cas d'usage, une évaluation construite sur 7 parcours métier réels définis avec le client (collectivités, bureaux d'études, particuliers) pour ancrer l'analyse dans des situations concrètes plutôt que dans une revue générique de l'interface. 86 observations ont été classées sur 4 niveaux de sévérité, avec des blocages concentrés sur la navigation (fil d'Ariane absent, menus incohérents) et les téléchargements (contenu inaccessible sans action préalable). Le livrable a été structuré comme un backlog prêt à l'emploi, directement intégrable par le futur prestataire TMA. En complément, un audit de conformité Open Data par grille Opquast (72 critères) a croisé cet angle usages avec une vérification objective des standards de publication. 32 non-conformités ont été identifiées sur 48 critères pertinents, concentrées sur le catalogage, la licence et l'utilisabilité. Chaque écart a été livré avec une recommandation actionnable.

extrait de l'audit — backlog priorisé par sévérité, observation et recommandation
valider avant tout développement

L'arborescence à l'épreuve

Le diagnostic (heatmaps, questionnaire) avait identifié les frictions ; le tri par cartes avait proposé une nouvelle structure. Il fallait vérifier que cette arborescence fonctionnait réellement pour les utilisateurs, avant tout développement. J'ai conduit des tests utilisateurs modérés à distance sur prototype, avec 5 participants du terrain, en combinant trois méthodes sur une même session : le test du premier clic pour mesurer l'instinct de navigation, le test d'arborescence pour valider libellés et structure hors interface, et un entretien de débriefing pour capter le contexte d'usage réel. Deux frictions majeures sont apparues : 80 % d'échec sur l'accès aux bulletins hydrologiques (les participants ne descendaient pas assez bas dans l'arborescence) et 60 % d'échec sur « Mesures territorialisées », un libellé mal compris. Le débriefing a apporté un signal plus structurant encore : 80 % des participants préfèrent une entrée cartographique par bassin versant pour les données de station — une priorité directe à intégrer dans le cahier des charges de la prochaine TMA. Les sessions ont aussi permis de formaliser 2 personas actionnables (profil « transversal données » et profil « thématique »), utilisés ensuite comme référence dans les arbitrages de conception.

wireframe de la page d'accueil testé avec les utilisateurs
persona principal formalisé à l'issue des sessions
prioriser côté contributeurs

Le point de vue du back-office

Un dernier angle restait à couvrir : celui des équipes qui alimentent le SIE au quotidien. Côté back-office, les contributeurs utilisent le CMS Drupal, mais n'ont pas d'espace commun pour exprimer leurs frictions. J'ai animé un atelier de 3 heures à distance sur Miro, cumulant trois activités pour collecter et hiérarchiser les besoins : Speed Boat pour l'expression libre des blocages, Relais d'équipe pour l'enrichissement croisé des solutions, et une matrice importance/difficulté pour l'arbitrage collectif.

matrice importance / difficulté — priorisation collective des besoins

24 besoins ont été identifiés et regroupés en 5 thématiques actionnables : gestion de contenus, interface de données, mise à jour/animation, gouvernance, maîtrise de l'outil. Une priorité s'est dégagée du groupe, convergente entre votes et matrice : l'optimisation du chargement des données. 75 % des participants ont déclaré avoir beaucoup appris — l'atelier a aussi permis d'aligner des objectifs qui n'étaient pas partagés avant la séance.

24 besoins identifiés et catégorisés à l'issue de l'atelier.
résultats et impact

La recherche menée

14
interviews
9
participants au tri par cartes
34
mails support analysés
5
participants aux tests
35
répondants au questionnaire exploratoire

Le diagnostic

53 %
des demandes mail portaient sur des données déjà en ligne
75 %
expriment un besoin d'accès par carto
50 %
échouent au téléchargement

Les livrables

86
observations priorisées
32
non-conformités Open Data
7
parcours clés audités
2
personas
1
nouvelle arborescence testée

Impact business

1
feuille de route partagée par les contributeurs
0 €
gaspillé en refonte graphique cosmétique

Satisfaction des équipes

« Cette séance a permis à chacun de développer les problèmes rencontrés depuis la mise en place du CMS, de les hiérarchiser et de proposer un plan d'action pour les résoudre. C'était fort utile ! »
— Olivier Fontaine, chef de projet Qualité des cours d'eau (retour post-atelier)
« Le bilan riche et les nombreuses préconisations établies constituent une base de réflexion très intéressante pour faire évoluer les interfaces de nos bassins. Un travail de grande qualité, mené en toute autonomie. »
— Julien Dubuis, chef de service Planification et économie

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